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  • Vincent Auriac

Impact du prix du carbone sur le cours de bourses des sociétés cotées en Europe

Nous avons étudié les conséquences boursières d’une tarification du carbone sur les plus grandes sociétés cotées en Europe.


Face au risque systémique que pose le changement climatique, la prise en compte des critères dit « extra-financiers » est aujourd’hui indispensable. Les investisseurs doivent être en mesure d’identifier et de mesurer les risques afin de protéger la rentabilité de leur investissement à long terme.


Le constat initial est le suivant : les externalités (coûts cachés) associées aux émissions de CO2 ne sont pas supportées par l’entreprise alors qu’elle en est à l’origine. Notre modèle économique est-il encore pertinent dans un monde qui se réchauffe et où les dégâts climatiques apparaissent de mois en mois plus élevés que la richesse financière créée ?

Que se passerait-il si la Nature envoyait aux entreprises la facture des dégâts qu’elle subit ? Quelles seraient les conséquences sur leur valorisation boursière ?

 

Méthodologie


Nous prenons la totalité des émissions de CO2 d’une entreprise sur la totalité de sa chaîne de valeur (scope 1, 2 et 3 amont et aval¹), fournies par Trucost². Nous estimons le scope 3 de certains secteurs comme les banques quand ils ne publient pas cette information.


Nous convertissons en euros les émissions de CO2. Les recherches des économistes du climat, reprises par le GIEC³, valorisent la tonne de CO2 à 113 euros. C’est un niveau supérieur au cours de 66€ du quota de CO2 EU ETS en octobre 2022 et, très supérieur aux autres prix mondiaux. C’est le prix du carbone nécessaire pour respecter la trajectoire ambitieuse de +1.75°C, conformément aux Accords de Paris⁴.


Nous obtenons ainsi une valorisation en euros de l’impact carbone de l’entreprise sur la Nature, c’est la facture carbone. Ce montant est ensuite soustrait au résultat d’exploitation de l’entreprise (EBITDA). C’est à partir de ce calcul que l’on obtient ensuite la nouvelle capitalisation boursière de chaque entreprise, corrigée du coût du carbone qu’elle émet (en multipliant l’EBITDA ajusté par le multiple de capitalisation avant ajustement).

 

Résultat


Impact d’un prix du carbone de 113 euros la tonne

Cette méthodologie a été appliquée aux 600 plus grandes capitalisations boursières européennes.


Si les entreprises devaient supporter un prix du carbone de 113€ par tonne de CO2 sur leur scope 1 et 2 uniquement, la valorisation boursière européenne diminuerait de 13.3%. Si les entreprises devaient supporter ce prix sur l’intégralité de leurs émissions (scopes 1, 2 et 3), la diminution serait de 53,7%.




Le Scope 3 est souvent sous-estimé, voire non renseigné par les entreprises. Or, le scope 3 représente en moyenne 80% de leurs émissions de gaz à effet de serre (Source CDP⁵). C’est pourquoi sa prise en compte est indispensable.


Notre approche mesure le risque financier lié au carbone d’une entreprise, afin de révéler son exposition au CO2 sur l’ensemble de sa chaîne de valeur et son risque financier si le carbone venait à lui être tarifé. Dans ce cas, elle devient très vulnérable en intégrant les émissions de son scope 3, le plus important.


Nous constatons qu’en imposant un prix sur l’ensemble des scopes, l’impact sur la valorisation est plus de 3 fois plus élevé que si on prenait en compte uniquement les scopes 1 et 2.


Impact d’un prix du carbone de 200 euros la tonne


Les scénarios du GIEC estiment qu’en 2030, le prix de la tonne de CO2 devrait atteindre 200 euros pour respecter la trajectoire des Accords de Paris. Nous avons donc fait les mêmes calculs en appliquant ce prix. Nous constatons une baisse encore plus importante de la valorisation boursière.


Avec un coût du carbone à 200€ par tCO2 sur les scopes 1 et 2, la valorisation boursière européenne diminuerait de 17,4%. Si les entreprises devaient supporter ce coût sur l’intégralité de leurs émissions (scope 1, 2 et 3), la baisse serait de 63%.




 

Conclusion


Le changement climatique représente une réelle menace pour la valorisation et la stabilité financière des entreprises. Les risques climatiques se faisant de plus en plus pressants, il devient essentiel de les prendre en compte pour évaluer les entreprises. Le marché ne prend pas encore en compte le coût des émissions de CO2 des entreprises dans leur valorisation.


L’étude d’Axylia montre que la prise en compte du coût du carbone conduit à une diminution de 53% à 63% de la valorisation boursière des entreprises européennes. Cela représente une perte de valorisation supérieure à 4 500 milliards d’euros.


Le réchauffement climatique va entraîner des conséquences de plus en plus drastiques, que ce soit de nouvelles régulations du gouvernement, ou de nouveaux modes de consommation. Ces décisions pourraient entraîner de graves difficultés pour les entreprises très exposées au carbone qui n’auront pas pris en compte ce risque majeur. Les investisseurs courent un risque de dépréciation sévère de leurs actifs financiers dans les 10 prochaines années s'ils ne l’anticipent pas dès maintenant.

 

¹ Les émissions de CO2 peuvent être classées en trois catégories : les émissions directes de gaz à effet de serre (Scope 1), les émissions indirectes liées à l’énergie (Scope 2) et les autres émissions indirectes (Scope 3).

² Trucost, filiale de Standard and Poor’s, est pionnier dans la recherche et le calcul de l'empreinte carbone des entreprises

³ Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat https://www.ipcc.ch/

⁴ L’Accords de Paris est un traité international qui fixe l’objectif de maintenir la hausse de température de la planète en dessous de +2°C

⁵ Carbon Disclosure Projet https://www.cdp.net/en
















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