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  • Vincent Auriac

Affaire des invendus H&M ou les lourds impacts du vêtement



La société suédoise H&M a publié récemment ses résultats. Les ventes du premier trimestre sont en repli de 2%. Mais ce sont les stocks qui ont focalisé l'attention. Fin 2017, les invendus représentent 33,7 milliards de couronnes suédoises soit... 17,6% des 200 milliards de couronnes de ventes ! Pour 100 de produits vendus, près de 18 restent donc "sur les bras" des magasins de l'enseigne suédoise. Le cours de bourse (divisé par 2 en 3 ans) a suivi la dégradation de ce ratio depuis 5 ans :


La société réalise 6% de ses ventes en France (12 milliards de couronnes soit environ 1,1 milliard d'euros) dans 236 magasins sur les 4700 que compte le groupe. On peut donc estimer que les "invendus français" se rapprochent des 200 millions d'euros.

La fast fashion (littéralement la mode rapide) et plus largement le secteur de l'habillement n'est pas un secteur anodin sur le plan sociétal :

énormes émissions de CO2 : deuxième secteur le plus polluant au monde derrière le pétrole (source Novethic)diffusion de stéréotypes comportementaux via la haute couture (article Axylia),conditions de travail dégradées : nous venons de célébrer les 5 ans du drame du Rana Plaza (source l'Ethique sur l'Etiquette) et problème du travail forcé.

Sur son site, la société H&M met pourtant en avant de solides références. Ainsi, H&M est classée 3ème sur 20 par Know the Chain pour la gestion de sa chaîne d'approvisionnement :




Sur son site, H&M met en-avant les bonnes notes attribuées par les agences de notations :





Les méthodologies d'analyse des agences de notation extra-financière restent encore imparfaites...

Nous ne terminerons pas cet article sans parler du marché des invendus qui, avec le soutien des subventions, attire les convoitises des associations comme des startups sociales. L'association Emmaüs a récemment demandé qu'une loi oblige les marques à distribuer les invendus vestimentaires. On ne peut que se féliciter que cette demande permette un état des lieux de la situation car personne ne sait (hormis les spécialistes du secteur mais ils n'en parlent pas) le nombre de tonnages jetés.

Emmaüs estime que "la nouvelle loi permettra aussi aux marques de mettre en avant leur démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Il faut que cela soit un partenariat gagnant-gagnant, autant pour les entreprises que pour les associations" (source Novethic). On peut s'interroger sur la RSE d'entreprises qui génèrent près de 20% d'invendus qui les donneraient à des associations mais in fine sans modifier leurs comportements en encaissant au passage des réductions d'impôts.

La transparence est bienvenue car à défaut c'est le contribuable qui signe un chèque en blanc aux entreprises. En effet, la marque qui donne ses invendus bénéficie d'une réduction d'impôt de 60%*. Le secteur de l'habillement pèse en France 25 milliards d'euros soit un budget de 416 euros par Français. Les invendus représenteraient 10% des ventes soit 2 milliards d'euros (source Eurostaf). Si les marques donnaient tous ces invendus aux associations, cela ferait un chèque potentiel de l'Etat de 1,2 milliard d'euros ou 25 euros par Français (60% de 10% de 416€). Si le mécanisme était connu et explicité, il n'est pas certain que beaucoup de Français acceptent de donner 25 euros aux grandes marques d'habillement (par ailleurs rentables, H&M réalise des bénéfices).

Tout le secteur dit du gaspillage et in fine de l'économie circulaire souffre du même manque de transparence. Pas de chiffre et personne pour évoquer par exemple les réductions d'impôt reçues par la grande distribution alimentaire en contrepartie des dons versés aux associations spécialisées dans le soutien alimentaire.

Force est de constater que les invendus sont partout. Si 1% du PIB français finissait en invendus, cela représenterait 20 milliards d'euros (L'Expansion les a chiffrés à 140 Mds € ou 7% du PIB...). Force est de constater que le déficit budgétaire (3% du PIB) et les Français (les 1% d'invendus nationaux représenteraient 200 euros d'impôts supplémentaires par Français...) n'ont pas les moyens de prendre à leur charge l'économie circulaire. La solution réside bien "en amont" : dans un changement de nos comportements, et dans des modèles d'entreprises durables dans le secteur de l'habillement. Les choses changent : plusieurs candidats aux Awards de l'Entreprise Altruiste organisés depuis 8 ans par Axylia appartiennent à ce secteur : Hopaal, Leax et Panafrica joue la carte de la transparence voire du 100% "Made in France". De plus, ces jeunes sociétés partagent une partie de leur valeur économique créée, au profit d'associations. Ces entreprises exemplaires méritent votre attention et vos achats.

Nous terminerons cet article par cette géniale vidéo de l'ONG "Fashion Revolution" qui milite pour plus d'information aux consommateurs et transformer le business du secteur textile. De telles machines devraient être disposées dans un large spectre de magasins pour éveiller les consommateurs aux impacts des produits que nous achetons.




* dans la limite de 5 pour mille du chiffre d'affaires


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Vincent Auriac

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