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  • Vincent Auriac

Jouer les meilleures notes ESG en temps de COVID-19



Résumé pour le décideur Le 19 février 2020, le coronavirus frappe à la porte des marchés boursiers mondiaux. Aucun continent n’est épargné. Les investisseurs s’inquiètent de l’arrêt brutal de l’activité économique et vendent en masse les actions. En seulement deux mois, on assiste à une chute historique des cours. Le moment est singulier. On observe la concomitance de plusieurs phénomènes : poussée des sujets sociétaux (pandémie, climat), chômage de masse, et pour la première fois avec cette ampleur, une forte augmentation de la collecte sur les fonds ISR (Investissement Socialement Responsable).

Nous avons analysé la performance des entreprises du CAC 40, composé de grandes entreprises reconnues. Nous avons cherché à savoir si les entreprises mieux notées en termes ESG (Environnement, Social et Gouvernance) étaient aussi celles qui résistaient le mieux dans la crise boursière. Nous avons utilisé les notes ESG publiées par l’agence américaine MSCI, plus grand fabricant mondial d’indices. Ces notes ont le mérite d’être publiques. MSCI évalue les entreprises en fonction de leur gestion des enjeux ESG, puis les compare au sein de chaque secteur. MSCI attribue ensuite une note allant de AAA (très bonne) à CCC (très mauvaise). Cela permet à MSCI de désigner les leaders (AAA et AA) et les retardataires (notes B et CCC). Cette note est mise à jour tous les ans. En 2019, les notes ESG du CAC40 vont de AAA à BB.

Notre analyse des performances boursières des entreprises du CAC40 montre qu’au cours du premier trimestre 2020, les entreprises ayant les meilleures notes ESG obtiennent les meilleures performances en bourse. Leur repli est très sensiblement inférieur à celui du CAC40. La volatilité de ces mêmes entreprises est également inférieure à celle de l’indice, démontrant une plus grande confiance des investisseurs. La crise du COVID-19 marque l'enclenchement d'une spirale vertueuse : les investisseurs adhèrent à la thèse de la durabilité puis orientent leurs capitaux en direction des entreprises durables identifiées comme telles par la notation ESG, premier outil mis à leur disposition dans ce domaine. Ces flux acheteurs font monter les cours et installent la surperformance des entreprises les mieux notées. Ainsi, la crise du COVID-19 marque de facto l’avènement de la finance responsable comme instrument de protection des investissements.


Performance au 1er trimestre 2020 Le CAC 40 a lourdement chuté de 26,8% durant ce trimestre.


Tableau 1 : Surperformance de l’ESG au 1er trimestre 2020

La petite taille de l’échantillon (40 entreprises) amène à constater une faible représentation de plusieurs classes de notes (AAA, BBB, BB) et l’absence des très mauvaises (B et CCC). Les entreprises qui ont une note ESG élevée (AAA ou AA), dites leaders par MSCI, ont surperformé en moyenne l’indice de 1,3%. L’avantage est de 11% sur les moins bonnes notes (BBB et BB) ce qui est considérable. La surprenante sous-performance des entreprises les mieux notées (AAA) s’explique par la très mauvaise performance de Unibail-Rodamco avec -63,6%. Sachant qu’il n’y a que 7 entreprises dans la catégorie AAA, cette chute impacte fortement sa performance. Il est à noter qu'au sein des deux catégories de leaders (AAA et AA), les moyennes cachent des performances très disparates. Dans la catégorie AAA, les performances vont de -11,6% pour L'Oréal à -41,3% pour Axa. Au sein de la catégorie AA, les performances vont de -4,7% pour Carrefour à -42,6% pour Accor. Il y a encore des recherches à mener pour comprendre cette dispersion.


Rebond du marché Le 18 mars 2020, le CAC 40 atteignait son niveau le plus bas, plongeant sous les 3800 points avant d’effectuer un violent rebond pour atteindre les 4500 points le 20 avril. Entre ces deux dates, le CAC 40 a ainsi gagné 14,4%. De nouveau, les entreprises les mieux notées (AAA et AA) surperforment l’indice.

Tableau 2 : Performance dans le rebond (18 mars – 20 avril 2020)

En moyenne, les entreprises leaders ESG (AAA et AA) surperforment de 4,2% l’indice CAC40. Les entreprises ayant obtenu une moindre note ESG (A et BBB) ont sous-performé l’indice de 5% en moyenne. L’exception concerne Arcelor, l’unique valeur « BB », qui gagne 11,1%.


ESG et volatilité La volatilité du CAC40 a explosé au 1er trimestre 2020 à 58,6% contre 15% en 2019. Les entreprises ayant obtenu les meilleures notes (AAA et AA) se démarquent avec une volatilité inférieure de 4,4% à celle du CAC40. Une exception concerne les entreprises avec la note « BBB » qui ont également une volatilité inférieure de 2% à celle de l’indice. La moins bonne note de l’échantillon affiche une volatilité de 85%.

Tableau 3 : Volatilité sur le 1er trimestre 2020

Conclusion Les marchés boursiers ont sanctionné avec brutalité la mise en place du confinement économique. La crise introduit de nouvelles priorités, souligne et renforce les fragilités des entreprises.

L’examen de l’indice CAC40 montre que les entreprises affichant les meilleures notes ESG résistent mieux à la correction boursière et sont moins volatiles et ce d’autant plus que leur note est bonne. Il reste de fortes disparités au sein de chaque classe de notes qui encouragent à pousser plus loin l'analyse individuelle et détaillée des entreprises.

Le fait nouveau est que les investisseurs adhèrent à la thèse de la durabilité et partant, à la capacité des entreprises qui y sont attentives à résister dans la crise et à saisir les opportunités dès que l’activité économique reprendra son cours. Dans la foulée, ils intègrent la notation ESG, premier outil mis à leur disposition pour identifier et investir dans ces entreprises durables.

La crise du COVID-19 marquerait l'enclenchement d'une spirale vertueuse : les investisseurs adhèrent à la thèse de la durabilité puis orientent leurs capitaux en direction des entreprises durables identifiées comme telles par la notation ESG, premier outil mis à leur disposition dans ce domaine. Ces flux acheteurs font monter les cours et installent la surperformance des entreprises les mieux notées. Ainsi, la crise du COVID-19 marque de facto l’avènement de la finance responsable comme instrument de protection des investissements.


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