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  • Vincent Auriac

Armement : quel poids dans les indices boursiers ?


Discours d'Emma Gonzales, un des leaders de la marche étudiante, à Washington le 24 mars 2018.

La fusillade de Parkland a fait 17 morts le 14 février. Elle a duré 6 minutes 20 secondes. C'est un égal temps de silence qu'a donné Emma Gonzales dans son discours. Un discours et un silence mémorables.

Dans d'autres sphères, la société américaine réagit. Nous en parlions dans notre dernier article. Tout le monde est actionnaire aux Etats-Unis. Tout le monde est concerné. Les investisseurs ont donc demandé aux grands gérants de portefeuille leur exposition au commerce des armes à feu.

Un commerce qui commence à devenir coûteux : les cours de bourse s'effondrent. Remington Outdoor, un fabricant depuis 1816, vient de se déclarer en faillite pour restructurer sa dette de 950 millions de dollars. La société emploie 3500 salariés.

Les américains commencent à demander des comptes. Même sans être investisseurs directs de sociétés d'armes cotées, les Américains sont largement impliqués à travers leur 401k, l'équivalent de notre épargne salariale. Comme les fonds indiciels, les ETF (fonds indiciels cotés) sont très répandus, les Americains se retrouvent actionnaires de ces sociétés sans le vouloir. Vanguard, roi de la gestion indicielle américain, est le premier actionnaire de American Outdoor Brand, le fabricant du fusil d'assaut AR-15. En 2016, une étude de MSCIa trouvé que 3/4 des 23 000 fonds de placement américains avaient une exposition aux activités d'armes et 23% aux seuls fabricants d'armes.

En février, les investisseurs ont demandé à nouveau à connaître leur exposition. Une étude de février 2018 de Morgan Stanley CI a livré son verdict. Les fabricant d'armes pèsent 0,11% de l'indice mondial MSCI ACWI (marchés développés et émergents). Le poids monte à 0,52% si on prend une définition plus large.


Dans la vraie vie, plusieurs comportements sont observés :

(a) la plupart des gérants de fonds de placement bottent en touche quand on aborde le sujet avec eux et se réfugient derrière le "de toute façon on en n'a pas",

(b) les plus gros gérants (comprendre ceux qui ne peuvent revendre les titres sans faire baisser les cours) se lancent dans une campagne de dialogue (en espérant que le fabricant d'armes se transforme en marchand de bonbons). Le problème c'est que très peu de gérants financiers dialoguent et que cela prend beaucoup de temps pour parfois très peu de résultats (cf tabac) ;

(c) exclure les valeurs ou les secteurs de leur portefeuille. Cette dernière option n'est que rarement retenue par les gérants de fonds qui y voient une entrave à la diversification des portefeuilles, une limitation du nombre de titres disponibles ; mais, quand on les interroge, très peu d'entre eux connaissent le poids de ces secteurs à risques dans les indices ! Dans le cas des armes, enlever 0,11% n'a aucune conséquence sur la performance mais permet un alignement immédiat avec les valeurs de l'investisseur.


La gestion ISR moderne est-elle une protection ? Le modèle le plus répandu est le "best in class" qui retient les sociétés les mieux notées au sein d'un même secteur. Ces secteurs ne sont pas non plus exclus des fonds labellisés ISR par l'Etat malgré 73 000 morts par an pour le tabac comme l'a rappelé ce matin Edouard Philippe dans son discours. Une forme d'incohérence qui dure depuis 30 ans ; elle explique selon nous pour une large part le peu de succès de la gestion ISR en France. Chez Axylia, nous maintenons (et nous sommes seuls depuis longtemps, cf p10) notre conviction que la finance éthique, née avec la pratique d'exclusion, ne peut l'oublier sous peine de rater le grand public.


Vincent Auriac


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