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  • Vincent Auriac

Quelles pratiques de RSE chez les sociétés de gestion ?

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Pourquoi se poser cette question ?

Le Label ISR note les fonds de placement, pas les sociétés de gestion de portefeuilles (SGP) qui les gèrent. Or, les fonds labellisés ISR pèsent 500 milliards sur les 4 000 milliards de la profession soit moins de 10% puisque 70% de ces fonds sont gérés par des SGP françaises. Il est intéressant de se poser la question de la RSE pour les 90% des encours qui ne sont pas sous la lumière des projecteurs.


Quel est le poids économique de ces sociétés de gestion ?

Il y a 650 sociétés de gestion en France qui gèrent 4 000 milliards d’euros. Ce sont surtout des grosses sociétés puisque 200 gèrent 93 % de cet encours.

On dénombre 20 000 salariés donc 25% sont des gérants.

Le chiffre d'affaires de la profession est de 16 milliards d’euros pour 3 milliards d’euros de bénéfices. Une société qui gère 25 milliards d’euros peut dégager jusqu’à 100 millions d’euros de bénéfices. Les marges absolues sont donc très confortables et permettent de mettre en place des politiques de RSE ambitieuses.


Quel est le comportement des SGP en matière de lutte contre le changement climatique ?

Il n'y a pas d'études mais, au vu des encours gérés (2 fois le PIB de la France), il est acceptable de considérer que l’empreinte carbone de la profession ne doit pas être différente de celle des indices. Le Score Carbone calculé par Axylia est de D contre A ou B pour un fonds ISR qui, par nature, se doit d'être exigeant.


Quelle est la place des femmes dans les SGP ?

La France est un des pays où les femmes sont les plus représentés parmi les gérants mais elles restent minoritaires puisqu’il n’y a que 30 % de gérantes pour 70 % de gérants (chiffres AFG).


Un plus grand nombre de gérantes profiterait aux investisseurs car des études montrent qu’elles obtiennent souvent de meilleures performances avec une approche moins risquée et également un discours plus pédagogique que les hommes (article FT).


80 % des membres des conseils d’administration de SGP sont des hommes. Parmi les 10 plus hautes rémunérations, seulement 26 % sont perçues par des femmes.


En matière de rémunération, les écarts sont de 16 % au profit des hommes. L’index d’égalité qui a été mis en place par le gouvernement confirme ce constat. Il donne un chiffre moyen de 83/100 pour la profession contre une moyenne nationale de 87/100. Pour les SGP de moins de 250 salariés, l’index d’égalité est de 78 contre une moyenne française de 85.


Quelle est la place des sociétés B Corp ?

Il y en a deux (sur 650) qui sont aussi entreprises à mission : Sycomore AM et Mirova. Leurs scores B Corp sont respectivement de 90,1 et 113,9 (sur 200). Les fiches sont publiques ; on y apprend notamment que les écarts entre le plus haut est le plus bas salaire sont de 18 à 20 fois. Le mécénat représente entre 0,1 à 0,4% du chiffre d’affaires.


Quelle est la place de la philanthropie justement chez les SGP ?

Depuis le milieu des années 80, les SGP ont lancé plusieurs dizaines de fonds de partage (sur un total de 10 000 fonds de placement en circulation).

Ce qui est également intéressant c’est de monter d'un cran et de dénombrer les SGP qui partagent leur valeur économique avec des associations et fondations. Axylia en dénombre une demi douzaine (sur 650) soit 1% de la population des SGP. Je peux citer Financière de l’Echiquier, Sycomore AM, ELEVA Capital, Amiral Gestion Amplegest et CIAM.

Les SGP se font parfois tirer l'oreille pour communiquer leurs chiffres de dons : nos estimations sont de 5 millions d’euros sur 3 milliards d’euros de bénéfices.


Ou trouver l’information sur la RSE ?

Il n'y a pas de site qui consolide toute l'information sur le sujet. Il faut aller sur le site Internet de chacune des sociétés. Il y a le site B Corp mais, une fois de plus, il ne concerne que 2 sociétés sur 650.


Quel bilan général tirer de l’analyse ?

Les 700 fonds labellisés ISR apparaissent un peu comme l’arbre qui cache la forêt. Il n'y a qu'une dizaine de sociétés de gestion très actives en matière de RSE. La lutte contre le changement climatique est encore insuffisamment intégrée. Les femmes sont encore trop peu nombreuses dans la profession et moins bien payés que les hommes. Enfin, la philanthropie reste trop peu répandue et encore très modeste relativement aux bénéfices enregistrés. L’année 2020 a été excellente en terme de rentabilité. Ce serait le bon moment pour que beaucoup de SGP créent leur propre fondation comme Mirova vient de l’annoncer.

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